Ce peuple de passeurs ...
Parallèlement à l'exposition de l'Institut du Monde Arabe, comme pour l'accompagner et la prolonger d'une réflexion personnelle, paraît aux Editions Al Manar, le livre de Georgia Makhlouf, intitulé Les hommes debout . Une interrogation essentielle "autour des Phéniciens" qui, par questionnements concentriques, éclaire autant ce peuple de marins que l'auteure elle-même.
De son précédent livre, Georgia Makhlouf a gardé les éclats et la mémoire.
Mais cette fois, il ne s'agit plus de sonder son histoire personnelle mais de remonter à l'enfance de notre mémoire collective, aux sources de notre identité. L'auteure interroge les Phéniciens pour rétablir ce fil aussi tenace qu'invisible qui nous lie à ce "peuple qui avait le mal d'horizon", ce peuple qui "a compris que le métissage est le creuset d'un monde qu'il faut sans cesse réinventer". Et chemin faisant, elle découvre certes les navigateurs intrépides inventeurs de l'alphabet, mais elle se dévoile en même temps et accomplit ses vies antérieures, son "identité-pont".
Car dans ce beau texte, tout se passe comme si, à force de fouiller son héritage, Makhlouf polit son écriture; ses fragments deviennent limpides, pourpres sur les sables de Tyr, bleus pour se mêler à l'aventure de la Méditerranée, blancs à l'assaut des flots, enfourchant le taureau, à l'image d'Europe séduite par l'exil.
"L'exil et l'écriture, les deux branches de ma généalogie imaginaire.
Mais il s'agit surtout d'une profession de foi universelle. A force d'aiguiser sa vision du monde, Makhlouf en arrive, avec le courage que procure la clarté, à ce formidable énoncé à l'adresse des "faussaires de l'histoire": "Car c'est être bien peu phénicien que d'avoir si peur de l'autre".
Antoine Boulad , L'Orient le jour
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