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"Une forêt de formes"
"J'ai accédé à un travail personnel par la peinture, elle a été pour moi un marchepied et elle m'a occupé une dizaine d'années.
Ce que j'ai appris de la peinture, c'est surtout, une mobilité de la pensée, la capacité d'adaptation, de bouger, de renouveler le travail, d'aller du complexe à l'essentiel.
J'utilisais alors des couleurs naturelles, terres et chaudes, des sables, des résines incrustées de pigments.
Je me rends compte que l'idée de me fondre à l'environnement était déjà présente.
Ne pas déranger l'ordre immuable de la nature.
Assez rapidement le papier vient envahir mon travail, je cherchais à ce moment là, une façon de mettre en volume, une graine en éclosion.
Ma matière première n'était plus la peinture, les couleurs n'arrivaient plus par touches de pinceau mais par superpositions de papiers, tout était nouveau,
D'un paysage, où, devenue aveugle je pouvais courir sans tomber, j'entrai, les yeux grands ouverts, sur un territoire inconnu.
Il fallait réapprendre à marcher sur une terre vierge, inventer des outils pour survivre, je m'étais mise en danger.
Aujourd'hui le territoire que je désire investir, je le souhaite archaïque, ou intemporel, j'aimerai y poser le souvenir de la première graine, celle que nous avons oubliée, et pourquoi pas tenter de me souvenir de la dernière qui résistera à toutes les rapines du progrès.
A présent, J'ai la sensation de bâtir, de constituer, de fabriquer mon environnement particulier, je suis une sauvage, dans le sens de ces tribus dites primitives, qui avaient une conscience exacerbée de l'importance du bon fonctionnement de notre environnement, pour la survie de la planète, porteuse de vie.
Alors, j'investis ma forêt de formes désirées,
en d'autres temps, d'autres lieux, elles seraient des divinités."
Véronique Agostini |