 |
Paul Celan |
|
|
La vie et l'oeuvre de Paul Celan s'inscrivent toute entière dans la tragédie juive du XXème siècle.
1920 Naissance de Paul Pessakh Antschel. "Pessakh", son prénom hébreu, signifie "la bouche qui relate", à Czernowicz, en Bucovine.
1938-1939 En France, à Tours, études à l'École de Médecine. Premiers poèmes.
1940 Études de russe, traductions de Sergeï Lessenine.
1941 Edification du ghetto pour les juifs à Czernowicz.
1942-1944 Assassinat des parents. Travaux forcés à Tabaresti en Valachie.
1945-1947 Traducteur (russo-roumain) à Bucarest.
1947 Premières publications de poèmes sous le pseudonyme de Celan.
1949 En Sorbonne. Traduit Cocteau, Apollinaire -et Yvan Goll.
1952 Mariage avec Gisèle de Lestrange, graphiste.
1954 Traduit Cioran.
1959 Publie Grille de parole. Traduit Mandelstam. Rédige Entretien dans la montagne - publié l'année d'après. lecteur d'allemand à l'École normale supérieure
1963 Publie La Rose de personne.
1965 Publie Cristal de souffle avec huit gravures de Gisèle Celan-lestrange. Publie Renverse du souffle.
1968 Publie Soleils-Filaments. Traduit Du Bouchet, Ungaretti, Supervielle. Entre au comité de rédaction de la revue L'Éphémère.
1969 Publie Noir péage, avec quinze gravures de Gisèle Celan-lestrange. Séjour en Israël, à l'invitation de l'Association des écrivains israéliens.
1970 En avril, Celan se donne la mort en se jetant dans la Seine. Juin : publication de Contrainte de lumière qu'avait déjà prévue Celan. |
|
|
| « Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
nous le buvons midi et matin nous le buvons
la nuit
nous buvons nous buvons
nous creusons une tombe dans les airs on n'y
est pas couché à l'étroit
Un homme habite la maison il joue avec les
serpents il écrit
il écrit quand vient le sombre crépuscule en
Allemagne tes cheveux d'or Margarete
il écrit cela et va à sa porte et les étoiles
fulminent il siffle ses dogues
il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser
une tombe dans la terre
il ordonne jouez et qu'on y danse. »
Fugue de mort
|
« tu sais, ce qui s'est inscrit dans ton œil
approfondit pour nous la profondeur ».
« là où mourait l'éclat, se tenait
le Temps, nourrice splendide,
sur lequel poussait déjà, vers le haut,
le bas, au-delà, ce qui
est, était, ou sera –
« Tout,
même le lourd, allait
voler, rien
ne retenait »
La rose de personne éds José Corti |
MATIERE DE BRETAGNE
Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.
Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.
(Me connaissiez-vous,
mains ? J'allai
le chemin fourchu que vous marquiez, ma
bouche crachait ses galets, j'allai,
mon temps, surplomb neigeux en marche,
jetait son ombre – me connaissez-vous ?)
Mains, la plaie
courtisée par l'épine, cela sonne,
mains, le néant, ses mers,
mains, dans la lumière de genêt, la
voile de sang
fait route vers toi.
Poèmes, trad par john E Jackson eds José Corti |
Article
Enzo Traverso, Paul Celan et la poésie de la destruction
dans
"L'Histoire déchirée. Essai sur Auschwitz et les intellectuels" Enzo Traverso Les Éditions du Cerf 1997 26,60 euros
"La quête de vérité, le deuil et la mémoire constituent la toile de fond sur laquelle se construit la poésie de Celan. Rares furent les occasions où il put expliciter ces thèmes sous une forme autre que le langage poétique. Elles se réduisent essentiellement à trois, entre 1958 et 1960 : la réception de deux prix littéraires en Allemagne et une rencontre manquée, dans les Alpes suisses, avec Theodor W. Adorno, dont il connaissait bien le verdict interdisant d'écrire un poème après Auschwitz. Il saisit ces occasions pour commettre trois petites « transgressions », trois courts textes de prose d'une séduisante perfection formelle qui, une fois dévoilés les arcanes d'une écriture extrêmement condensée, jettent une lumière nouvelle sur son oeuvre. "
|
|
|
Bibliographie sélective
|
|
éditions Unes
Poèmes,
traduit et préf. John E. Jackson, ill. Miklos Bokor
voir l'ouvrage
éditions Galilée
Le Schibboleth pour Paul Celan
Texte de Jacques Derrida
monotypes & lithographies originales de Michèle Katz.
voir l'ouvrage
(diffusion Art Point France) |
|
Michèle Katz à propos du Schibboleth pour Paul Celan
Depuis 1979 Celan est au cœur de ma peinture. Mais comment le dire dans un livre ?.J'ai voulu ce Shibboleth, j'ai pu alors le faire. Derrida m'accorda son hospitalité. Il avait cette générosité-là. Ne me demanda rien, juste que je sois au cœur du Shibboleth. Derrida le passeur a fait revivre ce mot issu de la Bible, puis plusieurs fois présent dans les poème de Paul Celan. Il en inventa le futur dans son commentaire du poème qui est le centre de mon livre : "In Eins", traduit par Martine Broda par « Tout en un ».
Je souhaite avoir créé un livre pour une troisième voix…"
Michèle Katz
Michèle Katz dialogue avec Paul Célan dans une installation monumentale qui sera présentée à partir de novembre 2007 dans un nouveau lieu d'exposition de l'Est parsien, La maison des Métallos.
|
"... je tiens à vous dire combien il est difficile pour un Juif d'écrire des poèmes en langue allemande. Quand mes poèmes paraîtront, ils aboutiront bien aussi en Allemagne et - permettez-moi d'évoquer cette chose terrible -, la main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l'assassin de ma mère... Et pire encore pourrait arriver... Pourtant mon destin est celui-ci : d'avoir à écrire des poèmes en Allemand."
extrait d'une lettre de 1946
Et pourtant il portera la musicalité de la langue allemande à son plus haut degré de perfection.
|
|
Enclos du temps traduction Martine Broda - éditions Clivages 1985
Grille de parole traduction Martine Broda - éditions Bourgois 1991
De seuil en seuil traduction Valérie Briet - éditions Bourgois 1991
Contrainte de lumière traduction Bertrand Badiou - éditions Belin 1989
Poèmes traduction André du Bouchet - éditions Mercure de France 1995
Choix de poèmes, réunis par l'auteur trad. Jean-Pierre Lefèbvre - éditions Poésie/Gallimard 1998
Correspondance avec Nelly Sachs - éditions Belin 1999
A lire ces lettres, on a d'abord le sentiment d'une immense et bouleversante fragilité. Une fragilité, une faiblesse native, une blessure qui réunissent et attachent l'un à l'autre Paul Celan et son aînée de trente ans, Nelly Sachs. Le premier, juif dans la langue allemande, n'a plus revu ses parents déportés en Ukraine ; il vit à Paris depuis 1948. Nelly Sachs, juive elle aussi, est née à Berlin en 1891. Elle a pu fuir l'Allemagne nazie avec sa mère en 1940. Elle vit à Stockholm et écrit en allemand. Les deux poètes ne se rencontreront que deux fois, en 1960, à Zurich d'abord puis à Paris. En 1965, Nelly Sachs reçoit le prix Nobel. Elle meurt cinq ans plus tard, le 12 mai 1970. Quelques jours plus tôt, Paul Celan s'était jeté dans la Seine ... Nelly Sachs et Paul Celan sont des êtres de souffrance et d'angoisse. La poésie, pour l'un comme pour l'autre, avec des moyens différents, est un recours, un témoignage arraché à la mort, une parole vitale née au coeur de la plus grande douleur : celle des survivants ... Aussi, les deux correspondants, dans cet affectueux commerce épistolaire qui dura de 1954 à 1969, s'adressent-ils des poèmes. Des poèmes qui, dans leur langue, disent ce que les mots de tous les jours sont impuissants à dire. (Patrick Kéchichian, Le Monde, 21/01/2000)
Le Méridien André du Bouchet, Paul Celan, Jean Capdeville eds Fata Morgana 1996
Strette & autre Poèmes - réédition chez Mercure de France
Entretien dans la montagne - éditions Verdier 2001 avec la FNAC editions Fata Morgana 1996
Rose de personne traduction Martine Broda - éditions Corti, 2002
Correspondance 1951-1970 Coffret 2 volumes Paul Celan, Guy de Lestrange, Bertrand Badiou eds du Seuil 2001
Les lettres, que le poète écrivit en français à son épouse, témoignent des blessures d'un homme hanté par les fantômes de sa mémoire et leur opposant la force nue de son verbe poétique ... L'admirable appareil critique qui accompagne, en un volume séparé, cette correspondance, et qui forme comme une oeuvre à part, faite de reconnaissance et de piété, s'en tient aux textes et aux faits, laissant ouvertes les questions. Les voyages de Paul Celan de l'autre côté du Rhin ont été nombreux durant ces vingt années : ils scandent toute la correspondance, qui, d'ailleurs, n'aurait pas été aussi abondante sans ces séparations entre les deux époux ... Ces séjours étaient pour Celan une épreuve intérieure extrêmement douloureuse : toute trace, rappel ou soupçon de complaisance à l'égard du nazisme et de l'antisémitisme provoquait chez lui une révolte absolue. Et, au-delà, une blessure. (Patrick Kéchichian, Le Monde, 09/03/2001)
Pavot et mémoire trad. Valérie Briet eds Bourgois 2001
Oeuvres en prose edition bilingue français-allemand trad. Jean Launay eds du Seuil 2002
Renverse du souffle eds du Seuil
Bibliothèque philosophique eds Rue d'Ulm 2004
Un catalogue raisonné très technique : un répertoire recensant près de 500 ouvrages (soit un dixième) de la bibliothèque du poète. Une somme universitaire indigeste.
Poèmes trad. par John E. Jackson eds José Corti 2004
Pour aborder ou appronfondir l'œuvre aussi essentielle que difficile de Paul Celan, il est utile de disposer de guides critiques avisés. La question de la langue – cet allemand revisité, repensé et reconstruit par le poète – ne faisait évidemment qu'accroître la difficulté. John E. Jackson a commencé son travail sur Celan au début des années 1970, après le suicide de l'écrivain. Il rassemble ici un choix de poèmes tirés des différents recuils. Deux études très éclairantes et informées (notamment par les travaux en Allemange sur Celan) accompagnent cette anthologie. Patrick Kéchichian, Le Monde , 26 mars 2004.
|
Sur Paul Celan |
|
Paul Celan ,De l'être à l'autre , Emmanuel Lévinas eds fata Morgana
Paul Celan, Poésie et poétique, collectif eds Klincksieck
Paul Celan Revue Europe (n°861-862) janvier-février 2001 épuisé
Paul Celan, chronique de l'anti-monde Laurent Cohen, éditions Place 2000
La poésie comme expérience Philippe Lacoue-Labarthe, éditions Bourgois 1996, rééd.2004 |
« J'étais couché sur la pierre, en ce temps-là, tu sais, sur les dalles de pierre ; et près de moi étaient couchés les autres, ceux qui étaient comme moi, les autres, ceux qui étaient autres que moi et tout à fait pareils, les cousins et les cousines... »
Entretien dans la montagne Paul Célan
|
|